14.04.2007

Le Lion de Dreux

J'entame à compter d'aujourd'hui une petite revue d'objets et de monuments incongrus dispersés ça et là dans le paysage drouais...

A tout seigneur, tout honneur, gloire au lion. Celui posté en cerbère, à l'angle des rues St Thibault et des Marchebeaux.  Un lion pas franchement sauvage, un peu trop marron même et abusivement ultra-brité. Un comité d'accueil qui n'effarouche nullement le visiteur passant le portail du domaine et désirant rejoindre la magnifique bâtisse  communément appelée, maison du lion. Rapport au félin, vous l'aviez déjà deviné.

medium_Dreux_1386.jpgPour la petite histoire, ce pavillon cossu, construit au milieu du XIXe siècle fut habité en son temps par Jacques Mésirard, un ancien édile de la ville.  Jusque là rien d'anormal, la vie de château alimente les chroniques de la bourgeoisie locale. Certains oiseaux de mauvais augure prétendent cependant que les lieux sont occupés par des forces maléfiques. Balivernes répond-on en haut lieu. Mais en cet été 1890, la chaleur accable  la région. Malgré l'ombrelle, l'éventail s'agite à grands battements syncopés. L'orage gronde. Jusqu'à cette date du 18 août où dame nature se déchaine et envoie valdinguer toits et arbres du parc. Un terrible ouragan vient de ravager le quartier St Thibault. La réalité dépasse l'imagination. Le locataire d'alors, le capitaine Lejaille, voit la maison s'emplir de craquement sinistres : les vitres se brisent, les cloisons s'effondrent. L'officier se retrouve même projeté quelques mètres en arrière.

Pierre Bellemare appréciera l'intense mystère des lieux.

La demeure, qui a toujours suscité une curiosité contenue chez les drouais,  fut rachetée par le conseil municipal en 1978. Depuis, les clefs sont passées entre plusieurs mains et le lion - qui avait un aspect vert-de-gris décati fut tout bonnement repeint, couleur chocolat. Sans doute par un fauviste daltonien.

26.03.2007

La maison habitée par le lierre

medium_Dreux_1306.jpgCeux qui ont eu la douleur de monter la côte de la Grande Falaise quotidiennement jusqu'aux années 80, se souviennent très certainement de Jeanne Patriarche. Cette dame qui se tenait régulièrement à la fenêtre de sa maison située à gauche au niveau du virage, invitait souvent les passants à un brin de causette. Chez elle, on devinait un univers baroque, suranné à l'ambiance sombre et au parfum d'encaustique. Mais voilà, Jeanne n'est plus de ce monde. Et personne n'a repris les lieux depuis. Le lierre a rapidement gagné le coin de la façade et a progressé jusqu'au toit dans l'indifférence générale. Sauf pour le voisinage et la mairie qui vient de dresser un procès-verbal provisoire d'abandon manifeste. Cette mesure, prise lors du conseil municipal du 8 février 2007 constate que "la végétation a peu à peu envahi les murs, la toiture, le portail et déborde largement sur le domaine public".

Le hic, c'est qu'aucun des héritiers de madame Patriarche n'a accepté la succession. La procédure leur intime malgré tout de "débroussailler totalement la parcelle, enlever la vigne vierge, vérifier la zinguerie, l'état de la couverture et des fenêtres du premier étage" et "veiller ensuite à l'entretien de la propriété". Si dans six mois aucun changement n'est apparu, la ville de Dreux pourra procéder à l'expropriation. Et proposer - qui sait? - de nouveaux logements. Mais sans lierre en façade.