19.05.2008

Mai 68 à Dreux (3 et fin)

20 mai. Pendant près de deux semaines, le mouvement s'étend à toutes les usines de la région. Les mêmes mots d'ordre sont lancés par les syndicats à destination des travailleurs : grève illimitée et occupation des locaux. L'appel est entendu et appliqué à la lettre chez Potez, Floquet Monopole, Comasec, Leo, Cometo, Perigodet. Le service public est également touché. La moitié des employés communaux débrayent, les crêches, les écoles et la sécurité sociale sont fermées. La régie EDF-GDF assure tout de même un service de distribution de gaz et d'électricité et le personnel hospitalier, bien que solidaire du mouvement, ne "s'adjuge pas le droit d'abandonner les malades".

C'est le grand rush dans les commerces d'alimentation : les drouais s'approvisionnent massivement en sucre et en huile. Certains vont même jusqu'à stocker de l'essence dans leur maison. On recommande à la population de détruire ses ordures ménagères pour pallier à la défection des services de nettoiement. L'Action Républicaine sort une édition spéciale d'une page, où il fait état de la situation générale et livre les recommandations de bon usage pour rassurer la population.

957468698.JPG

Les manifestations se poursuivent, dans le plus grand calme, rassemblant une portion congrue d'ouvriers et d'étudiants, la plupart étant retenus à occuper leurs locaux. Dans les usines, des négociations sont entamées sur les salaires et les conditions de travail. Ces mouvements réveillent aussi quelques antagonismes entre générations. Un jeune drouais est ainsi victime d'une agression au seul motif qu'il a les cheveux longs et qu'il ressemble fortement à l'un de ces étudiants grévistes.

Peu à peu le mouvement se délite, les entreprises redémarrent, les écoles rouvrent, l'activité reprend. La ménagère, elle, se félicite de retrouver un peu de liquidité pour effacer l'ardoise de l'épicier. Au final, Dreux n'a pas monté ses barricades, ne s'est pas heurtée aux CRS mais a participé, à sa manière, à cette vague contestataire.

12.05.2008

Mai 68 à Dreux (2)

Lundi 13 mai 1968. A la demande des organisations syndicales, une grève paralyse le secteur industriel drouais. Solidaires des mouvements parisiens, près d'un millier de manifestants descendent dans la rue réclamant le plein-emploi pour les jeunes et une réforme de l'université. Maurice Ravanne, représentant la FEN, prononce un discours en Grande rue, au pied du beffroi devant un parterre de manifestants. Extraits :

"Il nous faut saluer la fermeté, la magnifique résolution de tous les étudiants et de leurs professeurs, l'unanimité des travailleurs tous groupés, dont l'indignation, dont la colère ont fait reculer un pouvoir qui n'aime point cependant la marche arrière lorsqu'il s'agit de brimer le peuple au mépris des droits élémentaires. Oui les étudiants de France se sont fâchés et ils ont eu raison de le faire. C'est une vague de fond qui déferle depuis Varsovie, depuis Rome, depuis Madrid et Berlin. Ils se sont fâchés parce qu'ils sont les premiers à sentir que, si l'on n'y prend garde notre société court à l'abîme et nous sommes tous concernés par leur colère. Et devant cette colère, le pouvoir, qui prétend à toute occasion cependant sacrifier le présent à l'avenir, ce pouvoir qui nous prmet au nom des sacrifices qu'il exige de nous, un avenir jonché de pétales de roses, ce pouvoir (...) n'a pas trouvé d'autre arme que la violence.

1405543227.JPG
Ce jour-là, en grande rue... (Photo : l'Action républicaine)

 
(...) Les étudiants n'entendent pas être coupés du reste de la cité. Ils veulent vivre au rythme de ce monde qui sera le leur demain, de sentir les problèmes, en vivre les angoisses. Ils voient les technocrates s'emparer des commandes. Ils sentent que la technocratie ne peut offrir le bonheur à la jeunese et nous les approuvons. Ils voient notre société tomber dans le piège capitaliste de la consommation. ils proclament bien haut que le bonheur ne consiste pas à consommer mais à vivre, et nous les approuvons

(...) L'avenir est bel et bien bouché pour la plupart des étudiants et des jeunes et cela résulte d'un choix politique délibéré qui met l'économie française au service d'un petit nombre de trusts, alors qu'elle devrait être au service de tous".

Pendant ce temps, les majorettes de Senonches remportent un vif succès et le bal champêtre siffle ses premières notes. La quinzaine commerciale touche à sa fin. Demain, la grogne sociale qui se généralise dans l'hexagone va se répandre sur Dreux.

(A suivre

 

05.05.2008

Mai 68 à Dreux (1)

On n'échappe pas comme ça à la révolution. Dans le concert des commémorations toutes convenues du 40e anniversaire de Mai 68, je me suis replongé dans les journaux de l'époque, histoire de voir comment Dreux avait réagi aux mouvements de grèves et de contestations.

En ce début Mai, il fait beau, les muguets sont en fleurs et l'on s'apprête à fêter le printemps. La quinzaine commerciale, l'un des grands rendez-vous populaire, prend ses quartiers en centre ville du 4 au 18 mai. D'agitations, on attend surtout à une ébullition festive et une fièvre contagieuse de consommation. C'est le temps de la traditionnelle foire à la voiture d'occasion, des spectacles de variétés avec cette année Lucette Raillat, Maria Candido, Patrick Raynal et Jack Gauthier. Pendant que le groupe théâtral du Cercle laïque prépare son spectacle au pied du Beffroi, les majorettes de Senonches effectuent leurs dernières répétitions.

Mais depuis 1964, l'évènement de cette quinzaine est l'élection de la reine des druides, un concours de beauté ouvert à toutes les jeunes drouaises.  Le 4 mai, dans une salle des fêtes archi-comble, Evelyne Métrich est honorée d'un titre qui lui assurera une renommée locale aussi retentissante qu'éphémère.

1498503963.JPG
Evelyne Métrich (au centre) entouré de ses dauphines, Eliane Laucher (à gauche) et Catherine Chesneau (à droite) - Photo : l'Action républicaine.

Quelques jours avant que la foire ne batte son plein,  Maurice Ravanne, alors animateur du groupe des jeunes du Cercle laïque, exprime dans les colonnes de l'Action républicaine sa vision de la jeunesse. "Parmi tous les adultes que je côtoie, et qui sont un tant soit peu conscients du monde dans lequel ils vivent, j'en connais peu qui soient satisfaits des chemins par où notre univers cherche ses solutions, et de la lenteur avec laquelle il les trouve. Il s'en trouve peu pour ne pas dénoncer l'obscurantisme ou l'égoïsme de nos concitoyens. Ce sont là des maux contre lesquels, sans totalitarisme, on ne peut rien dans l'immédiat. Mais demain? (...) Il est important de donner aux hommes et aux femmes de demain les plus grandes chances d'être meilleurs, et ces chances passent inévitablement par les mouvements de jeunes. Certes il s'agit là d'un travail de fourmi, et la face du monde ne sera pas bouleversée si vingt ou trente jeunes drouais ont appris leurs responsabilités autour d'un magnétophone ou d'un tour à poterie, mais un seul cristal de neige, s'il bouge, peut devenir avalanche, et en 1968, c'est notre terre tout entière qui bouge et qui se précipite à pas accélérés vers un meilleur ou vers un pire entre lesquels les humains de demain devront choisir".

1968, époque charnière pour la jeunesse?

Maurice Ravanne allait quant à lui, être l'un des leaders du mouvement contestataire local.

(A suivre

 

 

26.10.2007

Quartier rouge - suite

323dbba00292bbb0c4e3fef91bbd02fd.jpgJ'évoquais dans un note précédente - sous la forme d'une innocente photo-mystère - l'exposition de mannequins dans une vitrine surélevée d'une boutique de prêt à porter. Certains diablotins ont exprimé au cours de cet exercice quelques commentaires frisant l'indécence, sans doute mon titre leur aura fait perdre le sens de la morale et de la vertu. N'y allons pas par quatre chemins : vous voulez du cul ? Vous allez en avoir. Abordons ensemble, l'histoire des maisons closes drouaises. Sauf que que je suis pas très chaud sur le sujet... Certains d'entre vous pourront peut-être nous faire partager leurs connaissances voire leurs expériences... 

Ma modeste contribution prendra la forme d'un témoignage livrée par mon amie Monique "J'ai connu deux maisons closes à Dreux. Une du côté du Bois Sabot, une autre rue du Cdt Beaurepaire qui s'appelait La Casita. Il y avait une enseigne à néon, vu de l'extérieur, l'endroit semblait très exigu. Ca faisait pas mal jaser au début surtout quand on a su que le patron était inspecteur de police. Un jour, il y a eu un meurtre et dans la foulée la maison a fermé ses portes".

Alors si vous en avez des vertes, des pas mures, des pas piquées des verts et des derrière les fagots sur le sujet, à vos plumes...

11.09.2007

Taillés dans le marbre

Avis à la population drouaise...

Trois individus sont activement recherchés pour identification. Nous appelons la communauté de la cité à fournir tout type de renseignements pouvant conduire à résoudre le mystère de la face burinée...

 

04422b0f885eed4f066edd5bbab7421c.jpg

0276a07cf3afdab1a5942a571da2d311.jpg
8e34a697cdac4ad1aa3c2dd211d7227f.jpg

04.04.2007

Que reste-t-il des Druides?

Pas grand chose, et c'est tant mieux serait-on tenté de répondre eu égard aux brulantes ardeurs de ces aimables sages, connus dans la région pour immoler des êtres humains en sacrifice. Nos petits hommes à toge blanche et à la barbe philosophique ont pourtant laissé des traces dans notre culture locale. Est-il besoin de rappeler que le nom Dreux dériverait de "Drew", terme celtique signifiant druide?

 En fouillant un peu plus dans les manuels d'histoire et notamment l'excellente "Notice historique sur Fermaincourt et le château de la Robertierre" de Charles Lemenestrel, on découvre que les cousins de Panoramix prenaient leurs quartiers d'hiver autour de la vallée de l'Eure, dans une région allant de Croth à Fermaincourt en passant par la forêt, alors appelée Crotais. Les Druides y célébraient la cueille du gui sacré, longue procession menée par les devins suivis de bardes qui entonnaient des cantiques et des hymnes en l'honneur de leurs divinités avant de sacrifier (c'était une obsession) quelques dodus taureaux.

medium_31_Druide2.jpg

 

Parmi les rites druidiques aujourd'hui commémorés, citons simplement la fête des Flambarts, qui à l'époque désignait un brin de chêne sans écorce que l'on allumait  pour les cérémonies avant Noël. Mais nous reviendrons sur cette tradition un peu plus tard, vers le mois de décembre...