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19 décembre 2007

Reflet dans un oeil d'or

C'était un temps à ne pas mettre un boeuf dehors. D'ailleurs, il faisait si froid qu'on soufflait l'air comme des taureaux. Emmitouflé dans son paletot de laine, Marcel Taupin laissait dépasser un bout de nez rouge et perlé de sa grosse cagoule marron. Transi mais contemplatif, absorbé par les installations de son voisin et ami André Sanfrapé qui s'échinait à fixer sa grosse guirlande lumineuse en tube sur la corniche de son pavillon. Autour d'eux, la scène révélait deux rennes verts, un père Noël grimpant, des stalactites bleu fluo. "Voila, il me reste juste à mettre le sapin devant la fenêtre et là, je te dis que le concours, j'vais pt'ête bien le gagner". Marcel était d'accord : André avait l'une des maisons les plus savamment décoré du quartier. Et rares étaient celles sans habit de lumière à la cité des grands clos. Mais il ignorait que le concours auquel il prétendait prendre part n'était réservé qu'aux habitants du centre ville. L'initiative partait d'un bon principe mais s'avérait , hélas, sélective. "Attention je mets le jus..."

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L'oeil de Marcel scintillait de mille feux. Des verts, des rouges, des bleus, des jaunes. Aussi réconfortants qu'un phare dans la nuit. Aussi chaleureux que le foyer de Charles Ingalls. L'air glacial fut un instant déchiré par un souffle chaud au parfum de cannelle. L'émoi gagna les deux amis qui restèrent pantois plusieurs minutes. L'esprit de Noël venait de souffler dans leur direction.

 

20 novembre 2007

La fin d'une époque

ebd6e54895c635f2aacb574dc5904ecc.jpgAvec ses culs de bouteilles triangulaires et son pilier en schiste, c'était la devanture la plus vintage de Dreux. C'était car le gérant de ce cabinet d'assurances situé au 36 rue Parisis a décidé de rendre moins opaque son activité en installant des baies vitrées en lieu et place des briques de verre. Finies les formes floues qui ondulaient derrière la vitrine ; Place à la transparence et à l'ouverture.

Il y a quelques jours encore, l'établissement sentait bon le style neo-pompidolien avec son sol en linoleum et son mobilier en acier laqué gris. On cherchait du regard le stencil ou la machine à écrire. Une employée à chignon, habillée d'une jupe en tweed et d'un chemisier en satin nous renseignait sur les meilleures formules de souscription à une police de prévoyance santé. En quelques pas on faisait un bond de quarante ans dans le temps avec cette étrange impression de suranné, de vague sentiment anachronique.

Une certaine lassitude du décor et un peu de bon sens  marketing auront donc eu raison de cette exception commerciale qui aura perduré quelques décennies en maintenant le même port. Chapeau donc!

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03 septembre 2007

Vogue sur les flots bleus

fcaf3a845c952f0700026a736629b809.jpgN'en déplaise à certains, le bleu layette fait fureur cette saison sur les façades du centre ville. Hasard de la mode? Envie d'île de Ré? Fantasme d'adulescents nostalgiques des schtroumpfs? On a pas encore atteint les concepts marketing pour bombes désodorisantes (brise marine) ou gels douches (fraîcheur océan) mais il semblerait qu'une partie des drouais ait choisi l'influence du grand large pour enluminer volets, portes et encadrements de fenêtre. Hé oui, les tons changent me rappelait récemment un bon ami coiffeur, spécialiste de la permanente sans amoniaque. Il reste certes des inconditionnels du chêne foncé ou de l'immaculée laque blanche. Mais crions le franchement, haut et fort - pour faire plaisir à mon hébergeur - les murs de Dreux osent l'effet de style et ont déjà succombé, comme beaucoup d'ailleurs, au pastel.

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a5c9988bbfade1aa7b724c113f9defaa.jpgEntre ciel et gris, le coloris rappelle les villages portuaires de charme, magnifiés par ces magazines de décoration rompus à la mise en scène photographique. Une épuisette contre le mur, quelques algues, une lampe tempête légèrement rouillée et le cadre est planté. Le discret drouais préfère pour sa part joindre l'utile à l'agréable en plaçant un panneau d'interdiction de stationner en guise d'ornement.

P.S. : Je cause, je cause et je constate qu'une partie de ma frame tire légèrement sur le bleu layette. Me voilà contaminé... Le contexte local a définitivement une influence sur mes orientations artistiques.  

22 janvier 2007

Un jardin sur un mur (qui picore que du dur...)

medium_Usines_desaffectees_jardin_vertical_020.jpgIl y a encore quelques jours le printemps s'était invité en hiver. Cette intrusion avait fortement contrarié Marcel Taupin qui nourrissait de fortes craintes pour le bon équilibre de l'environnement naturel. En son for intérieur, il fulminait, accusant ces américains qui ne voulaient pas ratifier le protocole de Kyoto, tempêtant contre ces navires indélicats qui dégazaient en pleine mer au premier coup de blizzard. Et puis avec ces températures clémentes,  il ne pouvait toujours pas revêtir ce joli chandail que lui avait tricoté sa soeur et qui représentait une vue du Kilimandjaro avec ses cimes encore enneigées. 

Sur son chemin, il partagea la misère de ces crocus et perce-neiges sur le point d'éclore et menacés par le tranchant d'une lame de froid. "Tout va de travers quand les fleurs se développent à l'envers". Il eut un vivifiant dementi place Mésirard, en tombant sur un panneau vertical où poussait un florifère de plantes.  Marcel, qui n'aime pas voir ses questions sans réponses, s'informa rapidement sur cette étrange culture. 

Il apprit ainsi que le concept du jardin vertical - ou écosystème sans terre - est l'oeuvre du botaniste Patrick blanc qui a su mettre en place un système aussi écolo qu'atypique. L'ouvrage est réalisé en acier galvanisé, matière légère et solide sur laquelle on applique un tissu épais composé de matériaux synthétiques (fibres imputrescibles et films plastiques micropercés). Sur la partie supérieure de la structure court un réseau de gouttes à gouttes, alimenté grâce à un circuit d'arrosage partant de la base du panneau où un rail récupère les eaux de ruissellement. Les différentes vivaces disposées  - fougères, hostas, hébés, menthes, thyms, sédums, cytises, parmi les plus fréquentes - ne nécessitent dès lors qu'un entretien sommaire.

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Ebloui par cette découverte, Marcel proposa rapidement que l'on installe ces jardins sur les bâtiments aux façades lépreuses ou défraîchies. On lui répondit que son idée était louable mais coûteuse. A près de 500 euros le mètre carré, la culture verticale des plantes se réalise avec parcimonie. Et "la Taupe" de rétorquer "C'est qui parcimonie?".