16.01.2009

Les partisans du chant

C'était la fin des années 80, nous étions quatre étudiants dans une Alfa emboucanée par les remugles de tabac, à partir chaque lundi pour Orléans. Il y avait Nicolas, Xavier, moi et puis Ronan, notre chauffeur qui en plus d'animer les débats, d'enchaîner clope sur clope, nous servait une musique assez désarçonnante pour la jeune marmaille que nous étions, à base de Frères Jacques et d'Abba. Et puis un beau jour, coup de tonnerre dans l'Alfa, Ronan nous passe une cassette des Troubadours Modernes, groupe folklorique drouais au sein duquel il faisait vibrer sa grosse voix de basse. (Surprenant de découvrir qu'un bon copain s'intéresse davantage aux reprises choraliennes de Marie Laforêt -"Ivan, Boris et moi" - qu'au heavy metal!).

J'appris ainsi que ce collectif que l'on qualifierait aujourd'hui d'altermondialiste, né en 1969, avait fait des tournées en France mais aussi dans de nombreux pays d'Europe et que son répertoire comprenait des chants romantico-révolutionnaires et de marins, rapport sans doute aux origines bretonnes des membres fondateurs.

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Derrière le groupe, on reconnaissait une bonne partie de l'équipe du Cercle Laïque, avec Gilbert Stenfort à la manoeuvre. Il parait aussi que les spectacles n'avaient rien d'un concert ordinaire mais tout du happening avec effets scéniques empruntés au théâtre et au mime.
Même s'ils se font plus rares, les Troubadours, comme les Stones, reprennent de temps en temps le chemin de la scène. On pourra les (re)découvrir demain soir, à l'Odyssée où ils chanteront l'amour à partir de 20h30.

24.02.2007

Emportée par l'épuisement

medium_Dreux_1060.jpgLe film d'Olivier Dahan, "la môme", en témoigne. Une partie de la légende d'Edith Piaf s'est écrite à Dreux, lors de ce récital où, à bout de forces, elle achève avec un courage exemplaire sa "tournée suicide". Un investigateur de la presse locale a restitué l'évènement mais s'est un peu emmêlé les crayons dans les dates. Après vérification, le concert a bel et bien eu lieu en 1959, le 13 décembre précisément. Alors plutôt que de rejouer la partition de l'à-peu-près, voici le compte rendu original de cette soirée, paru le 16 décembre dans l'Action républicaine :

"[...] Pendant 40 minutes, les 500 spectateurs de la salle des fêtes de Dreux ont assisté à un extraordinaire combat contre la lassitude de tout ce pauve corps désemparé et miné par la fatigue, à une lutte de toute les secondes contre l'engourdissement qui visiblement gagnait la chanteuse soumise depuis trop de semaines à la douche écossaise des tranquillisants alternant avec les "dopings".

Edith Piaf en effet, depuis qu'elle avait entrepris sa tournée en province ne s'endormait guère sous l'effet des calmants, qu'à 7 heures du matin, pour se réveiller le jour même deux ou trois heures avant le début de son tour de chant pendant lequel, pour "tenir le coup" elle happait au creux de sa paume des pilules blanchâtres qui lui donnaient l'indispensable coup de fouet. Cela, bien sûr, devait un jour finir.

D'une voix lasse, dimanche, Edith avait présenté, assise sur une chaise dans la coulisse, la première partie du programme qui devait être suivi d'un long entracte de plus de 50 minutes, employé par l'imprésario de la vedette, Lou Barrier, par son pianiste, par tous les camarades de sa troupe, à supplier l'indomptable petite bonne femme de rentrer à Paris.

En vain. Vers 23h45, Edith s'échâppant littéralement à ses amis, fit une entrée en scène bouleversante : adossée au piano, une main accrochée au micro, elle rassembla tout ce qui lui restait de forces pour entamer l'un de ses meilleurs succès : "le ballet des coeurs". de chanson en chanson l'on s'attendait à la voir s'écrouler et après les dernières paroles de "l'homme à la moto", la salle soulagée, fit une formidable ovation. Derrière le rideau gris, Edith, tandis que crépitaient encore les applaudissements, perdit alors conscience.

Après une nouvelle piqûre de solucamphre - son médecin avait déjà dû intervenir au début de la soirée - ses amis purent la transporter dans sa DS grise qui reprit le chemin de la capitale, suivie par une centaine de spectateurs qui, pendant plus d'une heure avaient attendu son départ pour lui rendre un touchant hommage [...]"