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22 mai 2013

Une nuit aux musées

La pluie battait le pavé depuis plusieurs heures. On entendait le clapotis des gouttes s’égrénant depuis les gouttières percées. Les flaques d’eau bruissaient au passage des automobiles. C’était samedi 21 mai, jour de la nuit des musées et rien ne prédisposait un drouais à sortir de chez lui. Surtout quand The Voice et Le concours Eurovision de la chanson garantissaient un alibi culturel pour la soirée.

Dreux avait une mine de papier mâché. Ciel maussade, entre gris et blanc, des portes à demi-ouvertes, quelques occasionnels cherchant plus un abri de fortune qu'une réelle intention de visiter un musée. Justement, cette pluie fut une bonne alliée.

L’Ar(t)senal , lieu classieux mais monochrome, affichait quelques estampes en noir et blanc d’un collectif d'artistes. Le béotien, parfois troublé par le minimalisme de certaines oeuvres, reconnaissait la finesse des effets visuels produits par la gravure. Un style parfaitement accordé à cette enceinte réhabilitée, sublime métamorphose d’un ancien marché couvert.

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Au musée Marcel Dessal, notre badaud retrouvait avec plaisir les fameuses glycines de Monet, les Lavoirs sur la rivière à Dreux de Bellanger ou la collection de pipes léguée en son temps par Igor Smirnoff. Georges Vogt, notre illustre historien, répondait avec l'érudition et la sagesse de ses 93 ans aux sollicitations des visiteurs. Quelques appareils originaux, datant de la préhistoire du cinéma, étaient exposés avant d'être exhibés un peu plus tard dans la soirée, comme ce Chronochrome de Jules Dachien.

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Montulé s’était paré de quelques œuvres crues, peut-être dérangeantes aux yeux du profane, où l'on ressentait la candeur de l’enfance violée par les symboles de la mort et de la chair. Emmanuelle Blin a le goût de "l'étrange, de l'anatomie et des cabinets de curisiosité". Impossible en voyant ces lapins dépiautés de ne pas penser à Eraserhead de David Lynch. Un univers où se cotoient le beau et l'horrible et où les belles carapaces dévoilent des viscères qui nous ramènent à notre tragique destin. DSCF0320.JPG

Tandis que les premières lueurs nocturnes surgissaient, la pluie redoublant d’intensité, le badaud se hasardait au pied du Beffroi où deux membres du Cercle Laïque contaient une sorte d'histoire à la veillée. L’ambiance studieuse effraya quelque peu le curieux qui poursuivit son chemin vers l’église St Etienne où l'attendait un concert. L'inhabitué de ces lieux se désolait du peu de flammes, bien plus propices au recueillement, à la méditation et - pourquoi pas? - à la lévitation que cet éclairage brutal par les spots qui lui était imposé. Fort heureusement, l'organiste Maurice Hervé parvint à réchauffer l'atmosphère humide en interprétant à sa manière et au clavecin des portraits réalisés par François Couperin, Jacques Duphly et Antoine Forqueray. DSCF0328.JPG

Jolis glaïeuls, n'est-ce pas?

Le Beffroi restait ouvert pour une poignée de noctambules, habitués pour la plupart des sorties drouaises et toujours prompts à se lancer dans de passionnants débats historiques. Les feux de la ville déclinaient lentement, les derniers visiteurs retournant sereinement dans leurs paisibles demeures. Pendant ce temps, d'autres drouais s'extasiaient devant les prouesses vocales de chanteurs sans lendemains. Samedi soir, c'était divertissement pour tous et culture pour certains.