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30 août 2011

Le parking et le Beffroi (5/5)

Le Procès

2008_0416dreuxetHéléne0052-1.JPGEn 1994, Jean Hieaux a engagé une action en justice auprès du tribunal administratif d’Orléans contre la SETEX.

Dans son rapport d'expertise présenté aux juges, Pierre Foucher souleve un lièvre. Après le dépôt de bilan de l'entreprise Toussaint, les travaux n’ont repris qu’en mai 1991, soit un an plus tard. Entre temps, le projet a connu des bouleversements. De 180 places, on est passé à 120. « Les parties sont restées très discrètes sur les raisons de ce changement, on a simplement dit qu’il s’agissait de réaliser des économies ; c’est une réponse qui est bien loin d’être suffisante ». Le surcoût est pourtant passé de 3,3M à 5,8M de francs pour une prestation revue à la baisse…

L'expert reproche également au constructeur du parking de ne pas avoir pris les précautions nécessaires.

Le coût des réparations du Beffroi sont estimés à 6,3 millions de francs.

 

 

 

 

 

Le 25 mai 2002, le tribunal administratif d’Orléans condamne la SOGEPARC CGST (ex-SETEX)  et certains des constructeurs à dédommager la commune.

Le 25 juin 2004, la cour administrative d’appel de Nantes retient la responsabilité de la société SOGEPARC CGST (ex-SETEX) et condamne cette dernière à payer à la ville de Dreux la somme de 457 990,69 euros.

En 2005, des tonnes de béton sont versées au pied du Beffroi pour consolider les fondations.

Le 30 janvier 2008, le conseil d’Etat annule l’arrêt de la cour administrative d’appel de Nantes.

 

Epilogue 

Le Beffroi devrait rouvrir ses portes en 2012 après des travaux de menuiserie, de peintures et de maçonnerie à l’intérieur du bâtiment. Il en coûtera 237 200 euros. Une grande partie devrait être subventionnée.

En janvier 2022, la ville reprendra à sa charge la gestion du parking.

 

Ce qu'ils sont devenus

La SETEX est devenue une filiale de la Générale des eaux en 1992 qui a été rachetée par Vivendi qui est devenu Véolia.

Jean Hieaux est décédé en 2010.

Jacques Lemare est toujours adjoint au maire et conseiller général.

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La place Métézeau, quant à elle, est devenue l'un des espaces les plus agréables de la ville.

19 août 2011

Le parking et le Beffroi (4/5)

Le Beffroi se fissure

Si le parking est désormais en service, l’état général du Beffroi inquiète. En 1992, de nouvelles lézardes sont détectées dans les caves nord et sud ainsi qu’aux fenêtres et sur la façade nord.

A la SETEX, on affirme qu’il n’est pas sûr que les travaux soient à l’origine de certaines fissures constatées sur le Beffroi et certains pans de murs voisins.

En février 1994, on expertise ces fissures. Selon Guy Tinlot, adjoint chargé des affaires culturelles, elles seraient antérieures à la construction du parking. Pour Maurice Ravanne, ce sont les travaux qui en sont la cause. 

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L'expertise

Septembre 1996. Dans un document d’une cinquantaine de pages, l’expert Pierre Foucher révèle que le parking Métézeau est la cause directe des lézardes observées sur le Beffroi. Il évalue dans un premier temps la composition géologique du sous-sol :

- des remblais alluvionnaires sur une épaisseur de 3 à 4M
- des alluvions anciennes graveleuses entre 4 et 7M
- de la craie altérée avec silex sur une épaisseur de 4 à 6M (de la consistance d’un yaourt)
- de la craie blanche entre 15 et 18 M

Selon l’expert, « il s’est produit au niveau de la craie molle et de la partie inférieure des graves un déconfinement du sol qui se propage rapidement vers le Beffroi. Cette rapide diminution de la paroi latérale a mis en rupture a court terme la couche de craie molle située en dessous des fondations du Beffroi. Cette couche de craie amorce une extrusion qui provoque par frottement des efforts de traction importants dans la couche d’argile, efforts qui se transmettent en partie aux fondations puis aux façades nord et sud. »

Sur le Beffroi, l’expert relève des variations dans l’épaisseur des fissures entre 1989 et 1992. Il note également que d’importantes inondations furent enregistrées en 1677 et en 1755 et qu'un ouragan, en 1901, obligea à des travaux d’urgence. Il n’empêche que le Beffroi était en bon état apparent avant que ne débute le chantier.

Selon lui les causes des fissures  sont liées aux vibrations produites par la démolition des revêtements du sol (première fissure constatée dans la cave sud du Beffroi).

Les circulations d’eau crées lors du chantier ont provoqué au sein de la couche de craie des phénomènes de débourrage qui ont activé l’érosion.

Le pompage dans la craie pendant les travaux fut également une erreur. « Débourrage et pertes de boue étaient connus avant le démarrage des travaux par l’entreprise SPIE mais l’interprétation en a été insuffisante. Il était cependant clair que la craie était un matériau à traiter avec beaucoup de ménagement, et quel besoin avait-on d’aller pomper dans la craie, alors que la fouille restait à l’intérieur de la craie argileuse ? Il fallait alors reboucher le puits et les piézomètres (sondage témoins) intérieurs, et épuiser la fouille de manière classique, avec des puisards et des pompes de chantier, beaucoup moins coûteuses que les pompes de forage. Je considère qu’il y a une faute lourde […]la décision de construire un parking place Métézeau était hasardeuse.»

D’août 1993 à décembre 1993, des travaux confortatifs du Beffroi auront coûté 434 448 francs.

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(à suivre...)

27 juillet 2011

Le parking et le Beffroi (3/5)

Le chantier reprend

Bien qu’amputé d’un tiers de places, le coût financier du parking sera tout de même supérieur de 30% du budget inital. Soit environ 7 millions de francs dont 2 566 250 francs à la charge de la ville. Voulant éviter les procédures sans fin, Jean Hieaux a opté pour le surcoût.

« Nous aurions pu faire des recherches sur les responsabilités. Mais en accord avec la ville, nous avons préféré réaménager le site au plus vite. »  L’entreprise chargée de la réalisation de l’ouvrage ayant fait faillite, les clés du chantier sont désormais remis à la SPIE.

Janvier 1991. La place Métézeau est un gigantesque trou béant. L'ambiance est à la désolation. La SCREG (Société Chimique Routière et Entreprise Générale) nettoie le site envahi par les hautes herbes et les gravats. Le responsable de l’entreprise, Mr Blanchet, émet quelques doutes sur la viabilité de la paroi : « la hauteur de la paroi périphérique est manifestement très peu homogène. Elle peut mesurer deux mètres par endroit et plus ou moins ailleurs. L’entreprise Toussaint qui s’occupait du chantier ne nous a communiqué aucun chiffre. Ce n’est vraiment pas sérieux. »

En février, Maurice Ravanne, élu de l’opposition, propose de reboucher le trou. Jean Hieaux lui rétorque que « c’est la dernière des solutions », que « ce parking a été souhaité par les commerçants » et qu’il faut « aller jusqu’au bout ». Pour Jean Jacques Tirquit, directeur régional de la SETEX, reboucher le trou reviendrait trop cher.

Un autre élu de l’opposition, Yves Leroy, soulève un lièvre au cours d’un conseil municipal : « Pour payer le parking, la SETEX a passé une convention stipulant qu’elle bénéficie d’un certain pourcentage sur toutes les sommes récoltées sur le stationnement par la police municipale de Dreux. Au conseil municipal, du 21 décembre 1989, il a été souligné qu’en accord avec la convention, Dreux payait 1,4M de francs à la SETEX par an. Pour 1991, la ville prévoit de payer 3M de francs relativement à la recette de 1990 qui s’est chiffrée à 2 850 000 Francs. A qui revient la différence entre les 1,4 M et les 3M de francs ? ». La question reste sans réponse.

Le 22 mars 1991, le PDG de la SETEX, Henri Jannet , au cours d’une réunion d'information, justifie curieusement les avaries du chantier « Ce sont des choses qui arrivent… On n’a pas eu de chance ! ».

Dans la rue, le discours ambiant n'a pas la même teneur fataliste. Les drouais s’en prennent vivement aux promoteurs et aux instances dirigeantes locales. Chacun y va de son sarcasme ou de son coup de gueule. Les défenseurs du patrimoine s'inquiètent des fissures sur le Beffroi.  Les commerçants, quant à eux, fulminent.

5500 Tonnes de béton.JPGC'est donc dans un climat délétère  que le gros oeuvre débute. Dans un premier temps il s'agit de stabiliser les fondements de l'ouvrage et d'endiguer les infiltrations d'eau. 2 700 m3 de béton sont injectés, soit l’équivalent d’un étage de parking. Cette dalle d'un mètre cinquante isole ainsi les boues du terrain et conforte l'assise de l'édifice.

Les travaux se poursuivent, le chantier a enfin trouvé sa vitesse de croisière. On coule le radier, la dalle de surface est livrée fin septembre. Place ensuite à la construction intérieure. Pour la première fois depuis des mois, on entrevoit des changements notables. Cette fois, les délais de livraison sont sur le point d'être respectés.

Le 17 janvier 1992, le parking est inauguré par Jean Hieaux et son équipe municipale. Un discours sobre est tenu dans les sous-sols des lieux, en toute discrétion.

L’heure de stationnement coûte 4 francs. La construction de ce parking aura coûté 25 millions de francs.

(à suivre)

11 juillet 2011

Le parking et le Beffroi (1/5)

La construction du parc de stationnement souterrain place Métézeau fut sujet à bien des péripéties. Frappé par des complications géologiques, un dépôt de bilan, des inondations, des incomplétudes… le chantier fut un véritable chemin de croix pour les autorités locales, responsables de la gestion hasardeuse du projet. Les riverains vécurent un véritable calvaire, certains commerçants allant même jusqu’à fermer boutique. Le Beffroi, monument emblématique de la ville, subit pour sa part des dommages collatéraux causés par les travaux de forage. Pendant longtemps maitres d’œuvres, maîtres d’ouvrages et  entrepreneurs se renvoyèrent la responsabilité de ce calamiteux chantier, allant jusqu’à régler leurs contentieux auprès des tribunaux.

Aujourd’hui, le calme est revenu autour de la place Métézeau. Les cafés et restaurant ont sorti leurs terrasses. Le parking fêtera en début d’année prochaine ses 20 ans d’existence.

 

La mise en place du projet

Au début des années 80, alors qu’il est fortement question de piétonniser la Grande rue et ses abords, l’UCIA (l’union des commerçants et artisans), par la voix de son président, Jacques Lemare, milite pour la construction d’un parking souterrain Place Métézeau. Selon lui, « la ville ne facilite pas l’accueil des clients de l’extérieur ». Il brandit également le spectre de l’évasion commerciale : « On risque de voir des commerces de périphérie se développer d’une manière considérable et le centre de Dreux se réduire. ». Françoise Gaspard, la Maire socialiste, considère à juste raison que les rues de l’hyper-centre ne sont plus adaptées au trafic automobile et qu’au contraire, le cœur de la ville doit subir des modifications en terme d’urbanisme. Mais elle ne suit pas les recommandations de Jacques Lemare qui se pose en opposant farouche au premier magistrat drouais. Le projet restera lettre morte jusqu’au changement de majorité politique, en 1983. Le  président de l’UCIA fait alors son entrée au conseil municipal en tant qu’adjoint chargé de l’urbanisme.

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Pourquoi un parking ? Durant son premier mandat, Jean Hieaux (maire de 1983 à 1995) va s’attacher au rééquilibrage budgétaire de la ville. Les projets sont gelés, la priorité donnée aux économies.  A la fin de son premier mandat, Jean Hieaux  et son équipe ressortent du carton l’idée du parking souterrain. Nous sommes à la fin des années 80, Jacques Lemare considère qu’en matière d’animation commerciale, il faut des facilités de stationnement et que le centre ville ne dispose pas de places suffisantes pour accueillir un nombre accru de visiteurs. Un parc supplémentaire dynamiserait le commerce du centre ville, il en est convaincu. La place Métézeau est choisie par défaut car une construction place Mézirard coûterait beaucoup trop cher. Pourtant, quelques voix s’élèvent contre le choix du site.

En février 1988, Françoise Gaspard s’interroge sur la pertinence d’un parking souterrain. « Aucune information ne m’a permis d’entendre des arguments qui plaident en faveur d’une telle réalisation, alors que j’ai entendu, notamment de la part des commerçants du centre ville des arguments contraires ». Selon elle, une étude du ministère de l’équipement diligentée en 1981 démontrait que toutes les solutions de stationnement en surface n’étaient pas exploitées. Enfin, selon la conseillère municipale de Dreux, « la place Mésirard présente une configuration compliquée, des bâtiments historiques peuvent être mis en péril, on risque d’y rencontrer des vestiges comme ceux de l’ancien cimetière. »

Cette même année, les Monuments Historiques émettent des réserves à l’idée de construire un parking, craignant qu’à l’occasion de travaux de pompages, le niveau de la nappe phréatique ne tombe au dessous du niveau des fondations du beffroi.

L’objectif se précise pourtant. Le 13 mai 1988, Jean Hieaux, au cours d’une réunion d’information sur le parking souterrain fixe le délai des travaux à 14 mois, selon les estimations du constructeur,. « En général quand on édifie un ouvrage d’art, on subit évidemment des désagréments […] Mais comme l’on dit, il faut savoir souffrir pour être beau. » .

Jacques Lemare, croit dur comme fer au projet. Il parle « d’un parking très confortable épousant la forme d’un œuf plutôt que celle d’un cyclindre. »

Les ambitions sont toutefois revues à la baisse. Pour des raisons de coût, le parc de stationnement, qui devait initialement comporter six niveaux, n’en comptera que trois,. Il contiendra près de 130 places. En surface, celui de la place Métézeau en dispose alors de 70. Une fois le parking construit, il est prévu d’aménager la place pour en faire un lieu de circulation pour piétons avec des abords fleuris.

Les travaux devraient coûter entre 1 et 1,5 M de francs aux contribuables drouais.

(à suivre)

 

02 décembre 2006

Le mystère du placard à balai

Imaginez la surprise de l'intendant du Beffroi quand, s'attendant à épousseter les toiles d'araignées, il tombe sur un arsenal vieux de plus de cent ans. Mazette, ça fait froid dans le dos.  Une analyse rapide, une bonne dose de sang froid et beaucoup de bon sens, nous révèle que les insectes ne préparent pas encore leur révolution. Mais alors... à qui appartiennent ces armes?

Revenons au commencement mon cher Watson. Les services municipaux ont décidé de consolider les fondations du Beffroi, salement touché par la construction du parking souterrain Métézeau.  Accessoirement et comme il est réglementaire quand on touche aux croûtes des monuments, on inventorie plus ou moins minutieusement chaque coin et recoin de l'édifice.

Intéressons nous maintenant à notre intendant avant qu'il ne subisse son onde de choc. Il observe les voûtes du bâtiment, inspecte les boiseries, souffle sur les poussières, prend note avant de s'arrêter devant cette porte de placard. Il tourne consciencieusement la clé et découvre tout un tas de reliques datant de la première guerre mondiale et du conflit franco-prussien de 1870. Des obus, des mortiers, des grenades, des fusils, des sabres, des baïonettes. De quoi resister quelques jours en cas d'invasion. Après la visite des démineurs de la protection civile pour une vérification de routine, se pose la question de l'appartenance de ces armes. Un spécialiste évoque une collection clandestine appartenant à la ville. La directrice du musée Marcel Dessal prend l'enquête en main. Et la rédaction en chef de Clochemerle-les-Dreux offre dix mille piastres à quiconque fournira des informations sur ce détonnant butin.