19.12.2007

Reflet dans un oeil d'or

C'était un temps à ne pas mettre un boeuf dehors. D'ailleurs, il faisait si froid qu'on soufflait l'air comme des taureaux. Emmitouflé dans son paletot de laine, Marcel Taupin laissait dépasser un bout de nez rouge et perlé de sa grosse cagoule marron. Transi mais contemplatif, absorbé par les installations de son voisin et ami André Sanfrapé qui s'échinait à fixer sa grosse guirlande lumineuse en tube sur la corniche de son pavillon. Autour d'eux, la scène révélait deux rennes verts, un père Noël grimpant, des stalactites bleu fluo. "Voila, il me reste juste à mettre le sapin devant la fenêtre et là, je te dis que le concours, j'vais pt'ête bien le gagner". Marcel était d'accord : André avait l'une des maisons les plus savamment décoré du quartier. Et rares étaient celles sans habit de lumière à la cité des grands clos. Mais il ignorait que le concours auquel il prétendait prendre part n'était réservé qu'aux habitants du centre ville. L'initiative partait d'un bon principe mais s'avérait , hélas, sélective. "Attention je mets le jus..."

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L'oeil de Marcel scintillait de mille feux. Des verts, des rouges, des bleus, des jaunes. Aussi réconfortants qu'un phare dans la nuit. Aussi chaleureux que le foyer de Charles Ingalls. L'air glacial fut un instant déchiré par un souffle chaud au parfum de cannelle. L'émoi gagna les deux amis qui restèrent pantois plusieurs minutes. L'esprit de Noël venait de souffler dans leur direction.

 

23.12.2006

A la recherche du père Noël géant

Le jour se levait à peine quand Marcel Taupin, soufflant précieusement sur son café au lait, vit passer le père Noël devant sa fenêtre du 1e étage de la rue des pinsons. "Ca doit être un faux" décréta t-il, "les vrais n'existent qu'en Laponie". Mais après coup et après avoir mis un peu d'ordre dans son esprit encombré, il s'interrogea. Le père Noël a beau être un viking bien bâti, c'est quand même curieux de le croiser à 3 mètres d'altitude. Marcel croqua alors son reste de biscotte, endossa son paletot et fila à la rencontre de cet intrus qui venait de bouleverser son petit-déjeuner.

Dehors il fut saisi par un vent glacial et ce grand tumulte qui régnait en centre ville. L'esprit de Noël était bien présent, charriant avec lui les parfums d'épicea et de cannelle. Les rues scintillaient de mille feux, les commerçants, sensibles à la musique du tiroir-caisse, retrouvaient le sourire pendant que les chalands baguenaudaient sous les mélopées des chanteurs à la croix de fer. Attiré par la présence de poneys et de biquettes, Marcel se demanda où était les veaux, vaches, moutons et couvées de la crèche. En guise de réponse, il entendit la cloche du petit train blanc qui sillonnait la ville le temps des fêtes et venait de marquer l'arrêt devant lui. "Vous montez" lui proposa le chauffeur. Il accepta, considérant qu'il avait plus de chance de localiser son individu en utilisant ce moyen de transport.

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Installé aux premières loges parmi des enfants contemplatifs, Marcel eut droit à une visite guidée  et à deux dragibus offerts par une petite fille assise à ses côtés. (Songeur, il reconnut son bonheur de mener une existence de plaisirs. Il venait de lire Delerm et depuis, il prêtait attention à la rosée du matin et aux petits pois écossés). Les rues de Dreux défilaient sous ses yeux mais aucun bonhomme en combinaison rouge n'apparut à l'horizon. Il descendit en Grande rue au moment où débutait l'époustouflante parade des oies sur un air d'accordéon. Charmé par le ballet des volatiles, il entreprit toutefois de quitter les lieux, le fond de l'air devenant frais et son cache-nez contenant difficilement les assauts du froid.

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A cet instant il rencontra deux longues tiges de bois qui évacuèrent aussitôt sa perplexité matinale. Il y était enfin. Face à lui, un père Noel de 3 mètres de haut, sur des échasses. Voilà, c'était donc ça... Et Marcel d'avoir cette remarque pleine de sagacité : "Dites-moi, comment que vous faites pour descendre par la cheminée avec vos engins aux pieds?"