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23 mars 2007

Très cochon, le drouais

Chaque vendredi, un peu avant 8 heures, on assiste place du marché à un petit rassemblement de gens, étrangement passifs au milieu des premières agitations matinales. Autour d'eux les commerçants non-sédentaires ont déployé leurs étals et les lèves-tôt palpent déjà pomelos et oranges maltaises. Curieusement ce comité se tient à distance des stands de poulets rôtis, chabichous et autres délices comestibles. Il guette en fait l'arrivée du charcutier, l'ami post petit déjeuner, celui qui va remplir les paniers. Quand enfin ce dernier surgit, le groupe se range, lâchant presque un soupir de soulagement.

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Le service peut commencer. Pendant que les clients affluent, formant une queue de près de 20 mètres, monsieur Doudard, le charcutier, et ses employés délivrent boudins, tripes au cidre, rillettes de lapin, palettes à la diable... Le chaland salive et repart avec un sac souvent rempli ras la gueule. La longue file ne faiblira pas de la matinée. Il faut dire que le commerce de cochonnailles est devenue une espèce rare dans la région. Les charcuteries du "Palais" et "Baron" n'ont jamais été remplacées et même si le "Cochon St Antoine" et celle - dont j'ai oublié le nom, mille excuses!!! - du marché couvert sont bien implantées, on peut tout de même se demander s'il n'y a pas un déficit de l'offre en centre-ville. Pourtant le succès de l'activité résulte d'une exigence simple traduite ici par un habitué des lieux: "Quand les produits sont bons et pas chers, j'achète".

Durant la matinée, des hommes et des femmes aux mines réjouies et aux joues bien roses vont se laisser tenter par les rondeurs d'un jambon à l'os ou par les formes généreuses d'une poitrine demi-sel... Et puis la caravane fermera ses portes en début d'après-midi pour retourner dans ses pénates, du côté de l'Aigle. Elle reviendra la semaine prochaine avec de nouvelles gourmandises charcutières. 

13 février 2007

Capitale du Cricket

L'évènement n'a pas fait de bruit dans Landerneau. Tout de même, Dreux champion de France : le titre est aussi rare qu'un poil sur un oeuf. Les esprits chagrins railleront notre plaisir en maugréant cyniquement : "Oui champion de France des canisites" ou bien "Champion de France des travaux en cours".

Il s'agit pourtant bel et bien de sport, et même de cricket pour être plus précis. Ce sport venu d'outre-manche est certes aussi populaire sur le continent que la pelote basque au Royaume-Uni. Mais il existe une ligue dans l'hexagone, sponsorisée par une banque britannique, où s'oppose chaque saison une quinzaine de clubs. Les drouais s'étaient déjà distingués en 2001 en remportant le championnat pour la première fois de leur histoire. Ils ont réedité leur performance l'an passé en prenant le meilleur sur Northern Aubervilliers. Alors ne boudons pas notre plaisir. Vive le cricket! Vive Dreux!!

31 janvier 2007

"Cocotte", la 2CV dématérialisée

Vous les anciens, rappelez vous la 2CV, cette increvable légende de la route avec laquelle vous avez parcouru l'hexagone, en long, en large, en travers, en triangle, en losange... Objet d'un véritable culte, familiarisée par ses nombreux surnoms, elle faisait partie du patrimoine populaire au même titre que le camembert et le Cinzano. Les gamins se pinçaient quand ils croisaient une "dodoche verte". Elle éclipsa même les James Bond girls dans "Rien que pour vos yeux". 

medium_Dreux_044.2.jpgSeulement, avec le temps, l'espèce est devenue rare. Le mythe subsiste tant bien que mal malgré les efforts de quelques deuchophiles qui n'hésitent pas à l'ériger en "art de vivre", conception new-age du moyen de transport en rupture avec l'automobile fonctionnelle et contemporaine. Il existe à Dreux un collector, exemplaire unique et personnifié qui brise les carcans du matérialisme. A ce stade, la bi-cyclindre atteint une dimension spirituelle et philosophique. Spatio-temporelle, nous susurrent Igor et Grishka.medium_Dreux_045.2.jpg



 

25 janvier 2007

Mais où sont passés les 4X4?

Ce matin là, "la taupe" se sentait l'âme d'un ethnologue, observant les multiples spécimens de  Durocassum erectus qui grouillaient sur la place du marché. Il porta d'abord son attention sur un être volubile moulinant des bras pour expliquer la dernière partie de dominos qu'il avait remportée. Près de lui, son interlocuteur prenait la pose de l'échassier, le pied droit calé à la jointure du genou gauche, le menton tenu par la main, l'air faussement intéressé. Plus loin, un petit bonhomme rondouillard tatait frénétiquement les légumes de l'étal dans un geste de refoulement oedipien. Derrière lui, une vieille dame fouillait dans son porte monnaie, provocant l'irritation d'impatients clients. La scène lui semblait pittoresque, provinciale, jusqu'à l'intrusion d'un rustre individu qui rangea son 4X4 Rover sur la largeur du trottoir. L'allure dominante, il se curait le nez tout en pianotant sur son portable. "En voilà des manières" s'insurgea Marcel.

Hé oui, imaginez des excréments nasaux collés sur le clavier du téléphone. On les oublie vite et on se les tartine sur la joue au premier appel. Ca fait mauvais genre. Mais là où Marcel voulait exprimer son désagrément, c'était dans le comportement irrévérencieux de l'homme au volant de sa grosse voiture, particulièrement inadaptée à la circulation en ville.  Il se souvenait avoir lu que les véhicules tout terrain représentaient 5,3% du marché automobile hexagonal. Il voulut savoir quelle était la proportion de drouais propriétaires de ce type d'engin. Statisticien dans l'âme, il prit pour échantillon les autos garées au parking Mésirard. Et entreprit un comptage minutieux. Sur 268 véhicules relevés, seulement 8 étaient des 4X4. Soit 3,10 %. Voilà qui rassurait Marcel, tout heureux de constater que ses frères drouais cédaient modérement à la tentation du char d'assaut qui pue. "Et puis ça fera toujours moins de pneus à dégonfler".

18 janvier 2007

A qui profite le tri sélectif?

Dans le bras de fer qui oppose la CAdD à certains commerçants du centre-ville au sujet du ramassage des déchets ménagers, le président, Gérard Hamel, est venu apaiser les esprits en jouant les pompiers de service. Rassurant et ouvert, il déclare qu' "on ne peut pas revoir ce qui est fait pour le tri sélectif. Mais il ne faut pas négliger les cas particuliers. L'enlèvement des déchets des commerçants est considéré globalement aussi bien au niveau de la taxe que du service. Je crois que le système de conventions signé entre la collectivité et le commerçant serait plus pertinent. Avec certains commerçants comme les bouchers et les fleuristes, on est très loin des besoins des particuliers".

Loin des turpitudes drouaises, Benoît Duteurtre, dans Chemins de fer,  pose un regard vitriolé sur la gestion du recyclage des déchets par les pouvoirs publics. D'après lui,  le discours écologique masque un plan d'économie auquel nous participons activement pour le "respect de l'environnement". On peut justifier la mise en place d'une politique de tri sélectif à condition que les collectivités assument pleinement leur mission de service public. Extraits :

" Les containers de tri sélectif contribuent à faire le bien. Ici, le Nouveau Monde impose ses usages en rassemblant les ordures sous le nom de "propreté", en utilisant la population comme un personnel corvéable à merci, en contraignant chaque citoyen à accomplir lui-même le travail d'éboueur, et en présentant cette contrainte comme un progrès. Dans un monde où le sacrifice de chacun doit contribuer au bien de l'économie, l'Espace propreté se désigne à la fois comme un instrument en faveur de l'environnement, un mode de financement de la recherche médicale, un moyen pour l'administration municipale de réduire ses charges. [...]

En quoi ce genre d'installations améliore-t-elle l'existence des citoyens? [...] Désormais, chacun doit procéder à ce tri lui-même. Pour justifier cet effort individuel, on agite l'argument du "bien public". En vertu d'une sorte de boy-scoutisme, la charge de travail supplémentaire consacrée par chaque citoyen à son  temps-ordure est entièrement bénévole - en phase avec une société dans laquelle il faut travailler davantage et gagner moins... Tout cela pour le seul bénéfice de l'Entreprise de ramassage d'ordures dont le camion passe une fois par mois vider les containers. Sous prétexte d'alléger les charges municipales, ladite entreprise fonctionne avec un minimum de personnel, à partir du travail effectué gratuitement par les citoyens. Quant au gain pour l'environnement, il ne tient compte ni de la dégradation du paysage, ni des émanations de pourriture qui s'exhalent.[...]

Une bonne partie des ordures récupérées dans les containers sélectifs est fréquemment remélangée après récupération. Beaucoup d'entreprises n'ont pas l'organisation nécessaire pour assurer le recyclage, et les déchets sont finalement détruits. Dans ces conditions, l'effort des citoyens qui trient leurs ordures ne constitue qu'une opération d'asservissement, un geste factice recouvrant une brutale réalité économique : la réduction du personnel de l'entrepris de ramassage, la réduction du personnel municipal, l'abandon par les communes des services réellement utiles, au profit de quantité d'investissements pompeux : aménagements de parkings, élargissement et bitumage des chemins, installations de réverbères et d'autres espaces de propreté. Ainsi vont la modernisation et le progrès social au secours d'un système économique dont la santé - toujours près de rechuter - exige de chacun une contribution accrue, un travail plus intense, une solitude plus résignée dans l'accomplissement des mille et une tâches quotidiennes qui justifiaient autrefois l'existence de mille et un métiers".