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29 juin 2011

Une foi

Ce samedi, il régnait une atmosphère paisible, de ces soirées d'été qui exhalent douceur et parfum de chèvrefeuille. Les bistrots et restaurants de la  place Métézeau avaient sorti leur terrasse et les quelques clients profitaient de la clémence vespérale en admirant l'éclat de soleil qui baignait de lumière l’ancien bâtiment de la Caisse d’Epargne.

Il faisait bon flâner dans la ville. L'animation était discrète, sereine avec juste ce qu'il faut de convivialité. Comme souvent, sortis de leurs agapes ou de leur spectacle, les gens ne se répandent pas dans la ville : il rentre sagement chez eux. Pourtant, place Mésirard, à l'endroit de la salle des fêtes, un groupe de personnes se massait sur le perron. Cette petite agitation était plutôt une détente. Les spectateurs sortaient pour l'entracte. Dedans il faisait chaud et j'allais vite comprendre pourquoi.

Jean d'Albi fêtait là ses cinquante ans de carrière. Il dirigeait à cette occasion Mélodie on chord, un ensemble de choeurs multi-générationnel accompagné d'un petit groupe instrumental. L'occasion m'était enfin donnée de découvrir ce visage familier, dont le nom résonne régulièrement au sein de la grande famille drouaise. 

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J'avais relevé le détail sans en être vraiment sûr. Jean d'Albi est non-voyant, aveugle si vous préférez. Mais il voit tout. Le public, les musiciens. Les émotions de chacun d'entre nous, comme si, envoutés par sa musique, nous lui révélions notre âme. On dit de lui qu'il est atypique. Allez savoir pourquoi? A cause de ses grosses lunettes à la Ray Charles? A cause de son parcours professionnel? De son intégrité musicale? En fait, ce type a la foi. Il croit en la musique et ses vertus cardinales. Il transmet, donne, convertit, sacralise, infatigable explorateur en quête de spiritualité et d'élévation mélodique.

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Samedi soir, on sentait que les 90 choristes chantaient aussi pour le charismatique chef d'orchestre. Jean d'Albi, à la baguette, menait ses troupes dans un surprenant patchwork musical. Nougaro, Carmina Burana, Verdi, Johnny Hallyday, Michel Sardou, Brassens... La voix du maestro, jusqu'alors cantonnée aux présentations de circonstance vibrait de toute sa chaleur pour le Gospel final. C'est à ce moment tardif - il était déjà près de minuit - que je découvrais une voix cuivrée, profonde, puissante et retentissante. Quelle sensation! Le public drouais, toujours très respectueux, offrait une ovation aux musiciens et choristes. L'hommage était beau, émouvant même.

Jean, qui a pris pour pseudonyme sa ville d'origine, s'est approprié Dreux ce soir là. He's got the whole world in his hands, chante-t-il. Après toutes ces années où il a animé la région de ses prestations musicales, il était temps de souligner son talent.

Bio express :

Né en 1941, Jean d'Albi débute la musique à sept ans par le violon et le piano au conservatoire de Toulouse. A 9 ans, il découvre l'orgue à Albi et part étudier l'instrument à Paris auprès d'André Marchal, Gaston Litaize et Jean Langlais. Parallèlement, Jeannine Collard et Dom Bossard lui enseignent le chant. Il se passionne alors pour le Negro-spiritual. A 22 ans, il dirige l'orchestre de l'ORTF de Marseille. Arrangeur-compositeur, il a enregistré plusieurs disques aux styles très éclectiques (chansons enfantines, musique celtique, Negro-spirituals et orgue électronique) et s'est produit au cours de sa carrière aussi bien dans des lieux sacrés (églises, cathédrales) que dans des bals, des pianos bars ou des défilés de mode. Il vit à Dampierre-sur-Avre depuis de nombreuses années.

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