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24 juin 2011

Quand Ipsen tousse, Dreux s'enrhume

beaufour,ipsen,dreux,laboratoire pharmaceutiqueOn croyait l'entreprise solide comme un roc, indéboulonnable du paysage drouais et pourtant, depuis quelques jours, elle fait figure de colosse aux pieds d'argile.

Ipsen Beaufour, figure mondiale de la biopharmacie, paie aujourd'hui ses mauvais choix stratégiques des dernières années. Connue pour ses médicaments grand public comme le Smecta (troubles gastriques) ou le Tanakan (troubles de la mémoire), la société veut vendre son unité de fabrication de la rue Ethe Virton et investir 20 millions d'euros en Recherche et Développement. Cette restructuration qui répond à une série de résultats mi-figue, mi-raisin laisse les salariés du site drouais dans une situation d'incompréhension. En effet, depuis leur création en 1929, les laboratoires Beaufour surfaient sur une vague de croissance grâce aux succès commerciaux de leurs innovations. Travailler pour eux, c'était jusqu'alors l'assurance "d'une bonne place". Mais depuis son introduction en bourse et son développement à l'international, la belle mécanique s’est grippée. En fait, la société ne récolte pas les fruits espérés de ses investissements.

La première alerte survient en 2008 quand Ipsen acquiert deux sociétés pharmaceutiques aux Etats-Unis pour y commercialiser ses médicaments. L’opération lui coûte 315 millions d'euros. Le pari est risqué car le groupe y sacrifie ses marges. Du même coup, les investisseurs réagissent mal : l'action chute de 6%. L'ambitieuse stratégie menée par le PDG, Jean-Luc Bélingard, va s’avérer infructueuse. Les estimations de ventes en Amérique du Nord n’atteignent pas les objectifs fixés.

En dépit d’un bénéfice net est de 157 millions d'euros sur l’exercice 2009, les prévisions ne sont guère optimistes. En cause, les gouvernements qui s'efforcent de réduire leurs déficits sociaux et la concurrence des génériques qui s'accentue. Pour couronner l'ensemble, le brevet du Decapeptyl (anticancéreux), l'un de ses produits vedettes expire en 2010.

En fait, il apparait qu'Ipsen perd la confiance des marchés. Fin 2010, Jean-Luc Bélingard est débarqué. Marc De Garidel est nommé pour remettre un peu d'ordre dans la maison. Car le titre continue de chuter. Roche, son partenaire sur le Taspoglutine (antidiabétique) se désengage. Aucun nouveau produit n'est prévu avant 2014. Les ventes déçoivent. Ipsen enregistre des pertes de valeurs et des dépréciations d'actifs de plus de 80 millions d'euros. Paradoxalement, le chiffre d'affaires augmente mais derrière, le bénéfice net plonge de 39%!

Pour le nouveau PDG, il est temps de redresser la barre en restructurant notamment le site drouais. Pour les 350 salariés, l'heure des premières mobilisations est arrivée. Vendredi dernier, 150 d'entre eux ont manifesté à l'appel de l'intersyndicale. Ils savent qu'il y aura de la casse et le font savoir à l'Echo Republicain. "La direction explique sa décision en anticipant une baisse de la production de médicaments qui pourrait survenir dans 4 ou 5 ans. Nous avons survécu aux génériques, au déremboursement de certains produits. Pourquoi ne serions-nous pas capables de faire face à ce nouveau problème? [...] Un repreneur commencera à se séparer d'une partie du personnel. Nous ne serons plus 350 dans l'unité de fabrication comme nous le sommes aujourd'hui. Ceux qui resteront perdront leurs avantages. Nous n'aurons plus notre ancienneté et certaines primes. Cela aura forcément des conséquences sur les salaires. Et puis au bout de trois quatre ans, on nous dira qu'il n'y a plus de boulot et qu'il faut fermer l'usine."

La roue de la fortune ne risque pourtant pas de tourner pour la famille Beaufour, propriétaire à 73% de l'entreprise. Une famille extrêmement discrète classée 21eme fortune de France et qui a toujours fait valoir son attachement à son site historique drouais. Mais les affaires sont les affaires. Et même si l'innovation, chère à Henri Beaufour, reste à Dreux, tout excès de sentimentalisme semble désormais exclu.

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