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28 mars 2011

Chien fou et père tranquille

C'est l'histoire d'un antagonisme entre une figure du milieu et un jeune parachuté sur fond de campagne électorale pour les cantonales de Dreux-Sud.

mohamed tabit,daniel frard,vernouillet,élections cantonalesBien connu de la scène politique locale, surtout en tant que Maire de Vernouillet, Daniel Frard est un homme tranquille qui gère sa commune en bon père de famille. L'homme est respecté et son collier de barbe lui confère l'autorité d'un prof syndiqué. En fait, il fut conseiller en formation continue. Il a 63 ans et toujours autant d'appétit.

Débarqué il y a quelques jours dans la région , Mohamed Tabit est unmohamed tabit,daniel frard,vernouillet,élections cantonales jeune loup ambitieux. Sourire carnassier et charmeur, poignée de main chaleureuse, l'oeil vif. Titulaire d'un Master en Finances et un autre en gouvernance économique, il est conseiller parlementaire . Il a 31 ans et il a faim.

L'opposition parait totalement inégale en terme de style. D'un côté, le patelin consensuel, de l'autre le bureaucrate parisien qui multiplie les coups d'éclats depuis son parachutage. Jean -François Copé, en visite à Garnay fin février déclare au sujet de ce dernier : "je lui prédis une belle carrière". De trublion? D'agitateur? Car à peine foulé le sol drouais, le challenger  s'est distingué par ses provocations sans apporter de réelle contenance au débat politique. Daniel Frard n'est pas né de la dernière pluie et a su le recadrer à chacune de ses interventions intempestives. Morceaux choisis...

Première flêche en direction du centre commercial Plein Sud. Mohamed Tabit souhaite refonder le quartier pour en faire un pôle economique quitte à exproprier ceux qui se dresseront face à son projet. C'est connu, le plus court chemin reste la ligne droite. Suffit de balayer les obstacles d'un simple revers de la main.

Ensuite, le jeune impétrant manifeste son indignation (juste pour la presse locale) en compagnie d'une poignée de sympathisants dont Jean-Pierre Larsonneur, devant la Mairie de Vernouillet. Motif : Daniel Frard refuse de lui mettre à disposition la salle des fêtes de la commune pour le venue de Jean François Copé. Réponse du maire de Vernouillet : "Mr Tabit m'explique que ce n'est pas à moi de décider du format d'une réunion, certes mais ce n'est pas non plus aux candidats aux élections d'établir la règle en matière de salles communales."

Toujours au chapitre des coups bas, le Sieur Tabit se montre tatillon en voulant saisir la chambre régionale des comptes au sujet du banquet républicain organisé par la commune, à l'occasion du cinquantenaire de la mort de Maurice Viollette. Revers de la main de Daniel Frard : "Mr Tabit peut toujours saisir la chambre régionale des comptes, je suis complètement serein".

 Mohamed Tabit sollicite Daniel Frard pour un débat le 5 mars en face à face en présence la presse et du public à la salle des fêtes de Vernouillet. "Mr Tabit est dans la provocation permanente. Je ne sais plus comment lui expliquer que la salle des fêtes de Vernouillet n'est pas mise à disposition pour les évènements liés à la campagne électorale des cantonales". Renvoyé dans les cordes, Mohamed Tabit riposte :

-  il accuse la gestion municipale de Daniel Frard lequel repousse l'attaque d'un simple camouflet. "Mr Tabit est peut-être un spécialiste des finances publiques mais pas forcément des finances locales".

- il s'attaque aux indemnités de Daniel Frard. "Il ne fait rien pour son canton. Il gagne 10 000 euros par mois. Ce n'est pas normal qu'il gagne autant pour si peu de résultats". Propos jugés "Nauséabond" par l'intéressé.

 - il juge le secret de l'isoloir bafoué en Mairie de Vernouillet. "Au premier étage, on plonge dans les isoloirs qui sont en-dessous. Rien n'empêchait le Maire et tous ceux qui avaient accès au premier étage d'espionner les électeurs". Daniel Frard ne répond plus.

D'ailleurs, selon ses propos, "un peu plus d'humilité" serait la bienvenue. Une façon d'enfoncer le clou pour le maire de Vernouillet qui n'a pas vacillé, réélu confortablement à son poste de son conseiller général. Pour Mohamed Tabit en revanche, la route parait encore longue, écarté dès le premier tour avec 17,1% des suffrages. Il lui reste encore trois ans pour goûter et comprendre sa nouvelle affectation. Jean-François Copé, reste toutefois pragmatique : "Il faut qu'il s'implante ici".

Depuis, Mohammed Tabit anime un atelier, "Vivre ensemble en Eure-et-Loir" et se targue d'avoir reçu de nombreux CV. A défaut de voix.

22 mars 2011

Le Monde des clichés

Nous sommes en période électorale, Marine Le Pen fait beaucoup parler d'elle et vous savez quoi? Nous avons droit à un reportage dans l'illustre quotidien du soir qui publie pleine page (la trois) dans son édition du 20 mars un état des lieux sur nos accointances avec l'extrême droite. Titre du délit : "A Dreux, le FN des champs".

Selon le journaliste - envoyé spécial - l'électorat du FN a migré vers les bourgades alentours. Je ne voudrais me fâcher avec mes voisins du canton sud, ceux notamment de Tréon, pardonnez-moi, mais on vous présente comme des gros beaufs racistes. Mais qu’ils se rassurent, grâce à la sagacité des observateurs de la presse nationale, les drouais préservent leur image de marque auprès de l’opinion publique. L'affaire est d’ailleurs entendue, nous ne serons jamais des gens respectables, de ceux en tous cas qui tolèrent l'immigration, qui combattent l'islamophobie, qui prônent la mondialisation et préfèrent les verrines à la choucroute garnie. Dans quelques années, mes petits-enfants, quand ils apprendront que je vivais à Dreux dans les années 80, publieront peut-être des pamphlets à la façon d'Alexandre Jardin pour dénoncer "mon grand-père, ce facho".

Des quantités d'articles ont été produits sur cette liaison. Les dernières tendances montraient pourtant qu'à Dreux, on ne trouvait plus trace de FN. Le Monde s'émouvait de cette situation en titrant en 2008 "Dreux : les orphelins du Front National". Autant dire qu'il n'y avait plus matière à surreprésenter la ville en symbole du FN. Mais aujourd’hui, le ton a changé. Pour le plumitif parisien, "Trente ans après, Dreux conserve l'image négative d'une ville qui s'est offerte à l'extrême droite". Dreux la salope, qui couche avec l'ennemi. On devrait lui raser la boule tiens. Enfin si les journalistes entretenaient un peu moins ce mythe, on éviterait de ressasser ces vieux démons. Et puis, il serait grand temps que les médias s'autocritiquent et réfléchissent un peu à leur implication dans la montée du FN en France. La presse a souvent eu cette posture ambigüe et lâche, apportant du grain à moudre aux thèses du FN pour ensuite dénoncer son idéologie politiquement incorrecte. Comme lorsqu'elle se répand longuement sur les flux migratoires consécutifs à la Révolution du jasmin en Tunisie et s'inquiète ensuite de la poussée de Marine Le Pen dans les sondages. Non, elle préfère pointer du doigt les mauvaises herbes sans chercher à savoir ce qui pousse ces mauvais électeurs à adhérer à des thèses xénophobes, sécuritaires et nationalistes. Ce type d'article n'apprend rien. Il confirme juste que certains journalistes se bornent à informer et qu'ils ne sont pas là pour comprendre.

14 mars 2011

La Rep (1946-2011)

La Republique du Centre quitte l'Eure-et-Loir. Le paysage local va perdre en perspective. Pour les lecteurs drouais, dont je fais partie, le choc est rude et pour tout vous dire j'ai du mal à réaliser que dès ce lundi, je ne verrai plus la Rep sur les présentoirs des buralistes. "Un pari sur l'avenir" commente Christophe Préault, le directeur adjoint du quotidien. Je traduis : le groupe Centre France, propriétaire de la Rep et de l'Echo Républicain, fait du ménage dans ses comptes et concentre ses publications. La Rep ne sera plus diffusée que dans le Loiret. L'Echo Républicain reste seul en lice et priera à son tour pour que son agence drouaise ne subisse le même sort.

La Presse Quotidienne Régionale (PQR) va mal. Elle patauge depuis des années dans un bourbier inextricable. Les plus faibles s'enlisent, les plus forts parviennent à s'en sortir, non sans mal au prix de sacrifices économiques et humains. La cause du mal-être est diverse. Réduction des coûts, concurrence des nouveaux médias, concentration des titres, désintérêt progressif du lecteur, coût du papier et donc du journal mais rarement a-t-on entendu parler d'un modèle vieillissant, qui aurait dû se réformer depuis longtemps en profondeur.

Pour le coup, les patrons de presse locale font preuve de conservatisme et de dédain en ignorant les mutations de l'information ou en les observant de loin comme un épiphénomène. La Rep s'est réveillée beaucoup trop tard pour tirer son épingle du jeu. Et n'a cessé de ramer à contre-courant. Les salariés des agences euréliennes en font aujourd'hui les frais - mais n'ont-ils pas également leur part de responsabilité dans cet échec?

Quand  Philippe Préault constate benoitement qu"entre les parutions gratuites et la montée du numérique, les entreprises de presse ont le devoir de s'adapter, de penser de nouvelles organisations et de nouvelles manières de diffuser l'information", on applaudit la langue de chêne. Je retraduis donc : On met la clé sous la porte en Eure-et-Loir, on redispatche les équipes aux quatre vents et on renvoie les correspondants dans leur foyer. C'est drôle comme ces journaux, si prompt à dégainer pour dénoncer les plans sociaux usent d'autant de circonvolutions pour expliquer leur restructuration.

Deux ans après l'Action Républicaine, la Rep rend donc les armes après 65 ans de bons et loyaux services. A ce rythme, Dreux devra se procurer d'autres médias pour être informé.

Cette disparition ouvre néanmoins de nouvelles perspectives. L'information locale mute. On assiste depuis quelques années à une explosion de l'expression citoyenne sur le Net, un désir de communiquer, de comprendre, de savoir, de transmettre. Une information encore anarchique mais qui a le mérite d'apporter un peu de fraîcheur et d'originalité au microcosme local. Certains amateurs éclairés et bien informés sont en train de s'approprier les espaces de l'information et de la communication de demain. Les éditeurs de presse peuvent toujours réfléchir à leur stratégie d'implantation sur le web : ils ont déjà perdu la partie.