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09 mai 2010

Un conte qui ne fait pas de bons amis

Il était une fois une jeune maman qui voulut un jour emmener sa fille au football. Un homme très à cheval sur la notion des genres lui objecta que le foot n'était pas approprié aux demoiselles et qu'elle serait bien mieux à l'atelier cuisine de son quartier.

Vexée par la rebuffade, la maman prit ses responsabilités en créant une association qu'elle appela "Femmes +" et qui permettrait à toutes les jeunes filles de pratiquer le sport qu'il leur plairait. La démarche fut tout de suite couronnée de succès. Le maire ne manquait jamais une occasion d'ériger l'association en exemple et de souligner ses vertus philanthropiques.

A mesure que les encouragements s'élevaient, "Femmes +" se développait, sortant même du cadre sportif pour intervenir sur d'autres terrains plus sociaux. L'association rendait une belle image de tolérance et d'émancipation. Mieux, elle tissait du lien social. Pour sa fondatrice, les affaires tournaient bien ronds.

Petit à petit, on la vit ainsi occuper le devant de la scène soutenant le Maire lors de sa dernière campagne électorale, défendant la cause féminine au Maroc, intégrant un groupe de travail sur les femmes et le sport au sein du Ministère des sports, apparaissant comme l'une des personnalités drouaises "en vue" dans un célèbre magazine hebdomadaire. Une ascension fulgurante qui lui valut d'être promue en novembre dernier chevalier de l'Ordre National du mérite, titre récompensant "les mérites distingués militaires ou civils rendus à la nation française".

320_10915_CD-13---013448--_grand.jpgQuelques troubles éclatèrent alors. Les persifleurs contestèrent d'abord cette nomination en faisant état d'un traitement de faveur illégitime - mais après tout Cendrine Dominguez et Daniela Lumbroso avaient été distinguées auparavant alors pourquoi pas elle? Puis ils dénoncèrent une gestion hasardeuse de l'association, une trésorerie un peu lâche... Des querelles cependant vite circonscrites et qui provoquèrent juste quelques remous en vase clos.

Le maire et son chef de cabinet se sentirent tout de même embarrassés face à ces insinuations. D'autant plus qu'au sein de la majorité les esprits s'échauffèrent, certains manifestant clairement leur refus d'assister à la cérémonie prévue en l'honneur de la jeune femme.

Le jour venu, Jean-Louis Debré, débarqué en bon voisin normand mais au titre de Président du Conseil constitutionnel lui remit l'insigne de l'Ordre National du Mérite devant une assemblée réduite à sa portion congrue. Un peu de champagne, quelques biscuits Delacre, puis il fallut partir, quitter cette terre de gloire et de fortune pour d'autres aventures. Il y avait d'autres combats à mener pour les femmes, d'autres espoirs à  faire vivre. La bave du crapaud n'avait pas atteint la blanche colombe qui s'était subitement envolée vers d'autres cieux, goûter à de nouvelles fonctions.

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